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"désidération : Prologue SMITH (Cellule Cosmiel x DIPLOMATES x Akira Rabelais)"
10.2019 - Lucien Raphmaj - Filles du Calvaire - France
Dossier de presse, octobre 2019
En 2015, SMITH fait la rencontre de l’astrophysicien Jean-Philippe Uzan (CNRS, Institut
d’Astrophysique de Paris). De leurs conversations émergera le concept de « Désidération »,
forgé sur l’étymologie du mot « désir », et qui désigne le rapport nostalgique que nous
entretenons avec notre origine stellaire.
Rejoints par l’écrivain Lucien Raphmaj, ils créent la cellule Cosmiel, consacrée à l’étude des
phénomènes de la désidération. SMITH s’associe au studio DIPLOMATES (design, architecture,
scénographie) pour mettre en espace la première étape de cette réflexion, puis convie le
compositeur américain Akira Rabelais à rejoindre la cellule.
Introduction générale - par Lucien Raphmaj
Selon l’hypothèse dite de la panspermie, les briques de vie nécessaires à la genèse
de l’humanité furent importées par des météorites sur notre planète, plaçant ainsi
l’origine de notre généalogie au coeur du cosmos. La modernité nous a désidentifié·es,
désapproprié·es de cette probable origine extraterrestre, évacuée de nos mythologies
et politiques contemporaines, nous condamnant à une irrépressible mélancolie du
cosmos que le projet « désidération » entend identifier, explorer, raconter, et peut-
être soigner.
« Désidération » se conçoit comme un hub connectant recherche artistique, enquête
scientifique, et fabulation spéculative. Oeuvre polymorphe, collaborative, évolutive,
elle compose de nouvelles formes et de nouveaux outils pour explorer notre rapport
contemporain au cosmos, en faisant jouer les interstices, les intermondes, les
passerelles critiques et multidimensionnelles. Reprendre, repriser la toile du monde,
comme si les étoiles étaient comme des trous d’épingles. Recommencer la tradition
moderne et scientifique, romantique, science-fictionnelle, botanique, philosophique,
chamanique pour en proposer une nouvelle lecture, divergente, une bifurcation des
possibles.
Quelle légende proposer au « désastre » dans un sens qui ne soit pas à entendre
comme la ruine de tout possible, comme l’effondrement tant promis, mais un autre
« désastre » - dans le sens d’un rapport à l’étoile chue en nous, dont nous venons,
et qui pourtant nous manque ? La désidération propose la réinvention de notre
rapport aux étoiles, avec cette part manquante, inconsolable ; un état où l’on renoue
autrement avec la mélancolie de la perte.
« L’absence de futur a commencé », annonçait Günther Anders après l’usage du
feu nucléaire. Il s’agit d’un tournant métaphysique ; ce qui arrive avec fracas, c’est
l’urgence - non seulement climatique, mais celle de reconsidérer les agencements de
notre métaphysique. De Haraway à Descola, de Coccia jusqu’à Tsing, en passant par
Stengers, Preciado, ou Viveros de Castro, un discours philosophique contemporain
cherche les refondations d’un mouvement global et local, d’une pensée complexe
à même d’étreindre le changement qui nous fait muter. Peut-être serait-il temps de
se tourner vers les étoiles, les deux pieds sur terre. « Désidération » ne parle pas
de la fin du monde, mais des terminaisons du monde. C’est un appel à conjuguer
différemment, à nous relier à d’autres temps, à d’autres espaces, à distinguer, dans
cette fin, de nouveaux possibles. Se faire des terminaisons nerveuses, psychologiques,
métaphysiques, allant du ciel à la terre.
Exposition & soirées
A la fois lieu d’exposition, laboratoire, temple, clinique, observatoire, plateau radio -
l’espace de la galerie sera investi et reconstruit par la mythologie désidérée dont il
se fera l’écrin. Performances, conférences, cérémonies nocturnes, exposition évolutive
– photographie, vidéo, sculpture, danse, musique : dans la lignée des précédentes
expositions de SMITH, les mediums et outils entreront en conversation au sein d’une
architecture composée par le studio de design et d’architecture DIPLOMATES.
L’étage de la galerie accueillera une installation photographique composée d’une
cinquantaine de tirages photographiques sur aluminium (formats divers), composée
à partir des archives personnelles de SMITH, d’un module de réalité virtuelle, et de
la mise à disposition d’un e-liquide composé pour l’exposition. Seront également
projetés ses courts-métrages inédits « Unda » (2016), « In Somnis » (2017), « Les
Apocalyptiques » (2019) ainsi que « TRAUM » (2016) dans une salle consacrée.
Le rez-de-chaussée accueillera Radio Levania, une émission de radio composée et
diffusée en direct pendant toute la durée de l’exposition par Akira Rabelais et la
cellule Cosmiel, vocalement incarnée par la comédienne Nadège Piton.
Quatre soirées, intitulées « mues », ponctueront l’exposition :
Samedi 26 octobre - 20h - introduction aux phénomènes de la désidération
Jeudi 14 novembre - 19h30 - autour de l’endocosmologie
Vendredi 15 novembre - 19h30 - soirée spéciale avec Paul B. Preciado
Samedi 23 novembre - 20h - implantation cosmique
Réunie en tant qu’entité polycéphale, multidimensionnelle, ouverte, s’étant donné
pour objectif la définition de la « désidération » mais aussi l’organisation de notre
transition collective, la cellule Cosmiel orchestrera ces « mues ». A l’occasion de
chaque soirée, les invité·es de la cellule offriront au public une série d’exercices
(lectures, performances, micro-conférences…) visant à se rapprocher d’une résolution
de leur condition désidérée, à travers la recherche de ce que nous appelons « l’état
de Cosmiel », en référence au personnage inventé par Athanasius Kircher, jésuite
allemand du XVIIe siècle, dans son ouvrage « Le voyage cosmique extatique » :
Cosmiel est un ange invitant son disciple Jean à une déambulation éthérée au sein
du système solaire ; nous le considérons comme le premier désidéré.
Ainsi, l’état de Cosmiel est l’aboutissement d’un processus de réconciliation vers une
plénitude cosmique capable de faire place à une mélancolie positive, un souvenir
paisible de l’état de manque et de solitude ressenti par les désidérés. La cellule
accueillera des compagnons désidérés (« stellatniks »), issus de multiples champs
disciplinaires : le chasseur de météorites Luc Labenne, le philosophe Paul B. Preciado,
l’astronaute Jean-François Clervoy, l’historien Patrick Boucheron, le danseur Sorour
Darabi, la créatrice de mode Elisabeth de Senneville, le chapelier Justin Smith, les
comédiennes Florence Thomassin, Stéphanie Michelini et Claude-Emmanuelle Gajan-
Maull, les musicien·nes Victoria Lukas, Antonin-Tri Hoang, Yelli-Yelli, Barbara Carlotti,
Vatican Soundsystem…
Tou·te·s interviendront lors de séances de réflexion publiques à l’occasion desquelles
nous chercherons à composer un lexique propre aux phénomènes de la désidération
et à nous rapprocher, collectivement, d’une transition collective vers un état de
Cosmiel.
A l’occasion de la soirée de clôture de l’exposition, SMITH recevra un implant
sous-cutané, contenant des fragments de météorites, afin d’opérer le processus
l’hybridation cosmique prévue par le manifeste désidéré. Lors de cette journée, le
public sera invité, s’il le souhaite, à recevoir également un implant météoritique.
« Désidération » - Hors les murs Passé
Une première présentation publique du projet, sous la forme d’une conférence de la cellule Cosmiel, s’est tenue au Collège de France en 2017 à l’invitation du Fresnoy
Links
https://www.fillesducalvaire.com/usr/documents/exhibitions/press_release_url/30/dp_smith_sept.pdf