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C19 H28 O2 (Agnès)

Installation vidéo

samedi 1er janvier 2011, par Julien

À la fin des années 1950, une jeune femme se présente auprès d’un groupe de chercheurs, médecins et psychiatres, réunis par le professeur Garfinkel à l’université de Californie autour des questions d’identité sexuelle. Acceptée comme telle par la société, Agnès possède cependant des organes génitaux masculins et souhaite bénéficier d’une opération chirurgicale – très rare à l’époque – pour réparer ce qu’elle ressent dans sa chair et son psychisme comme une « anomalie ».
Après avoir effectué une batterie de tests, l’équipe s’accorde à poser le diagnostic d’hermaphrodisme (personne intersexe) et accepte l’opération, en ces années 1950-1960 où, pourtant, les transgenres étaient diagnostiqué-es comme malades mentaux. Mais, et second temps troublant de cette histoire singulière, voire fantasmatique, Agnès revient à la clinique quelques années plus tard, après son opération, et narre une tout autre version de son histoire : née garçon, elle souhaitait devenir fille. Adolescente, cherchant à imiter sa mère, elle s’amuse à avaler les pilules qui lui étaient prescrites : ainsi addict à l’œstrogène pendant des années, elle acquit peu à peu une apparence totalement féminine. Dès lors, à l’analyse de Paul Preciado (in Testo Junkie) va répondre “CI9H2802 (Agnès)” : selon Preciado en effet, notre ère, post-industrielle et vouée à la pharmacopée, tendrait à « transformer par la chimie tous les concepts et affects en réalités tangibles, substances chimiques, molécules commercialisables. Dans l’histoire d’Agnès, les hormones ont fonctionné comme prothèse d’un genre désiré, et le garçon/fille a piraté les codes, s’autoproduisant elle-même selon la dynamique de son désir. Dès lors, sur chaque écran vidéo, un personnage est là, qui interprète une étape ou une version de l’étrange et fascinant parcours d’Agnès. Tous, rêvant et dansant entre les deux sexes, échappent à la destinée biologique pour chorégraphier de nouveaux possibles, d’autres devenirs-corps, dans l’esquisse d’un au-delà du genre normatif. Je les regarde, dans l’espace du désir ouvert par SMITH, brouillé de brumes, de fumées et de pluies, advenir à eux-mêmes, enfin libres. »
Extrait du texte de Dominique Baqué, in “Löyly” (éditions Filigranes)

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