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"Smith, régal intersidéral" - Désidération Arles 2021

07.2021 - Clémentine Mercier - Libération - France

L’artiste invite à une promenade rétrofuturiste entre terre et espace où il s’agit de se laisser aller à l’émotion, guidé par la beauté des tirages et une bande-son plaintive.
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Photos de soleil couchant rose sur paravents translucides, corridors en acier massif, joyeux néons clignotants dans la pénombre, bienvenue dans le monde crépusculaire de Smith, au premier étage du Monoprix d’Arles. Avec des jeux de transparence, du rose, du jaune, des tirages métalliques, des images d’animaux et de très beaux jeunes gens, l’installation frôle les étoiles « dans un jardin de lumière et d’argent », comme dirait la chanson des années 80. Entre les murs de béton brut du grand magasin, Smith crée un monde entre ciel et terre, un espace-temps nostalgique où la photographie, souvenir rétrofuturiste, fonctionne comme le passeport pour un voyage intersidéral.

Sans titre, série « Désidération », 2000-2021.
Sans titre, série « Désidération », 2000-2021. (SMITH)
Il ne s’agit pas de tout comprendre à l’exposition « Désidération (Anamada Sîn) » – scénographiée par Diplomates – il faut surtout se laisser porter par la promenade entre les murs d’un engin spatial imaginaire, par la beauté des tirages, par la brillance et la robustesse des matières, par la douceur d’un nuancier pastel et par la voix de François Chaignaud qui entonne une plainte étrange, évoquant, de loin, le chant des baleines. Sur des petits écrans vidéo, une « cam girl » lynchéenne, raconte l’histoire d’Anamada Sîn, avatar de Smith personnage fictif errant à la recherche de l’amour et de sa raison d’être.

Tous liés aux étoiles

Sa raison d’être, Smith l’a trouvé, le jour où il a tenu entre ses mains, pour la première fois, une météorite. C’est l’histoire de ce choc émotionnel que raconte « Désidération » : nous sommes tous liés aux étoiles, vous, nous, Smith, ses personnages aussi, et pourtant ce lien est brisé, sans doute à cause de la frénésie humaine, à cause du saccage de la planète, à cause de l’électricité dans les villes, à cause du manque d’amour, à cause de l’époque qui aiguise les tensions et fait pousser les fraises en hiver. La prise de conscience du lien rompu aux étoiles est le creuset de l’œuvre du photographe qui apprivoise cette déchirure avec un récit à plusieurs chapitres. Dans cette histoire évolutive, la belle Anamada Sîn, scientifique qui a trouvé des météorites, entend un message radio venu de l’espace. Ce message venu des étoiles l’entraîne alors dans une quête de sens qui la conduit jusqu’à la transe. Voilà pour la trame. Au milieu de la pièce, un grand vaisseau spatial en poutrelles d’acier – celui-là même qui a déjà été montré à Beaubourg ou au Fresnoy – est à moitié échoué. Aux murs, quarante photographies imprimées sur de l’aluminium ressemblent à un film sans âge. Tout au fond de l’exposition, trône la photographie thermique de la météorite d’Ensisheim – météorite tombée en 1492 à proximité du village d’Ensisheim, en Alsace, et dessinée par Albrecht Dürer.

L’artiste a fait un pèlerinage à Mulhouse pour photographier cette plus ancienne trace de l‘espace recensée. « Ça a vibré quand je l’ai prise dans mes mains » dit Smith, qui se souvient avoir reçu, enfant, ses premières poussières d’étoiles dans une boîte de céréales. En retirant la grosse météorite de Dürer de sa boîte, il a laissé ses empreintes sur la matière extraterrestre. Sur l’image, on voit une petite trace jaune en haut de la grosse pierre : c’est la rencontre impromptue entre deux mondes, entre l’espace infini et l’existence humaine. Un point de contact insolite que seule la magie de la photographie peut immortaliser.

Libération - Smith, régal intersidéral