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SMITH au Mac Val : “Il y a chez moi une résistance à tout ce qui se présente comme fixe”
05.2026 - Jean-Marie Durand - Les Inrocks - France
Invité du Mac Val, SMITH propose une exposition qu’il définit comme une “rétro-prospective”, regardant en arrière son œuvre tout en l’hybridant avec des projets en devenir, pour tenter de se “désidérer”, de sortir de nos peurs. Nourri par ses recherches interdisciplinaires, ses collaborations avec des scientifiques et philosophes, le photographe, performeur et chercheur questionne et met en pratique la question de la transition et de la métamorphose. Un geste puissant et sensible dans le paysage de l’art.
Considères-tu ta nouvelle exposition au Mac Val, “Ici grand ouvert” comme une rétrospective ou comme un nouveau chapitre de ton travail entamé il y a une vingtaine d’années ?
SMITH — Les deux. L’exposition s’inscrit dans le cadre du programme du Mac Val qui alterne des expositions collectives et des rétrospectives d’artistes issus de la scène artistique française. J’ai une longue complicité de travail avec Frank Lamy, chargé des expositions temporaires, qui m’avait déjà invité au musée par le passé. Lors de nos discussions, le motif du compost n’a cessé de nous hanter au point de devenir un axe central de notre réflexion. Nous imaginons une exposition “rétro-prospective” au sens où il ne s’agit pas seulement de regarder en arrière, mais de composter les œuvres achevées, de les faire interagir, se décomposer, se contaminer, pour se réengendrer. L’exposition épousera une logique indisciplinaire dans sa structure : une cartographie d’énergies où les œuvres s’aimantent, se disputent, se sédimentent, sans obéir à une chronologie ni à un plan thématique.
Ton travail oscille entre art et recherche. Tu qualifies tes projets sur la question du visible et de l’invisible, sur le monde cosmique, d’indisciplinaires. Qu’est-ce que cela signifie être indisciplinaire quand on est un artiste ?
Ma réponse à cette question évolue avec mes recherches. En ce moment, en revisitant des œuvres anciennes comme un archéologue, je constate une chose très simple : les frontières et les oppositions binaires n’ont jamais structuré ma manière de penser ni de travailler. Être indiscipliné/naire, pour moi, part de là. L’indiscipline est une manière de nommer la porosité des approches : voguer d’une discipline à l’autre, les laisser s’interpénétrer. Cela suppose d’accueillir l’intuition, l’émotion, l’émerveillement comme des façons d’être en prise avec le réel. Et en même temps, d’accepter que la forme soit un peu mal élevée : qu’elle ne cherche pas trop à rentrer dans les cases, qu’elle déjoue les réflexes de classement, et qu’elle préfère déplacer les cadres plutôt que s’y plier.
L’indiscipline se voit aussi dans la façon dont je mélange sans hiérarchie, plusieurs manières de traduire une pensée : la recherche, la photographie, la sculpture, le cinéma, la danse. Le noyau autour duquel elle gravite, c’est la métamorphose. Transition, hybridation, conversion… il s’agit toujours de tenter de donner une image à quelque chose d’ordinairement insaisissable, à cheval entre plusieurs réalités. Je m’attache surtout au moment où ça passe, au seuil, à la membrane. Que cela passe par la fiction, comme dans TRAUM (2016) ou d’une manière autobiographique, de mes premières photos à Dami (2024). Il s’agit toujours d’éprouver l’idée d’un passage, et de frontières moins nettes qu’on ne le croit, souvent poreuses.
Tu parles de métamorphose, d’hybridation ; qu’est-ce qui t’a attiré vers cet horizon du trouble dès tes débuts d’artiste ?
Je pense qu’il y a chez moi une résistance très ancienne à tout ce qui se présente comme fixe, hermétique, clos sur soi. Dès l’enfance, j’ai ressenti la nécessité de communiquer avec le monde en le photographiant, et ce monde incluait indifféremment les humains, les animaux, les cieux, les paysages. L’appareil photo a toujours été une prothèse, presque un portail : une façon de traverser la surface des choses et d’entrer en relation. Je parle souvent de toutes mes images comme des autoportraits, même lorsqu’il s’agit de portraits d’autres, parce que cette frontière elle-même me paraît floue, entre moi et le monde, et entre les choses du monde entre elles. Pourquoi...