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"Photographie à Deauville : au festival Planches contact, Smith tend l’œil vers les étoiles"
11.2021 - Marie-Madeleine Remoleur - Actu.fr - France
Pour le festival Planche contact, l'artiste Smith a poursuivi à Deauville (Calvados) son projet "Désidération", en collaboration avec Diplomates.
Pour le festival Planche contact, Smith a poursuivi à Deauville (Calvados) son projet Désidération, en collaboration avec Diplomates. Une constellation de projets qui interroge le lien entre l’homme et son cosmos originaire.
« Se sentir orphelin des étoiles »
Au festival Planches contact, c’est le regard qui est roi. Un regard sur le territoire qui, selon les photographes, est particulier, intime, différent. Celui de Smith s’est fait à la caméra thermique. Sur ses images, on y découvre des formes et du vide au cœur d’une brume sableuse et nébuleuse, du vivant et du non-vivant, de la lumière, de la chaleur.
Avec cette résidence et cette exposition, Smith écrit un nouveau chapitre de son projet Désidération. « Les photos ou l’installation (aux Franciscaines ndlr) sont des pièces qui forment une partie d’une constellation qui s’est déployée dans d’autres espaces comme aux Rencontres d’Arles cet été », explique l’artiste. Dans l’étymologie de Désidération, on retrouve le mot sidus, qui désigne l’étoile en latin, et le « dé » de la privation. « Ainsi, la Désidération, c’est se sentir orphelin des étoiles, et vouloir se reconnecter à elles ».Entre art et recherche
Pour ce grand projet protéiforme qui l’occupe depuis 4 ans, né de la lecture du Voyage cosmique extatique d’Athanasius Kircher, jésuite allemand du XVIe siècle, Smith collabore avec d’autres performeurs, architectes, scénographes, écrivains, chanteurs, danseurs, philosophes ou encore astrophysiciens :
Ensemble, on discute depuis quelques années pour interroger le rapport que, nous, humains, nous entretenons aujourd’hui avec le cosmos, que l’on considère comme un extérieur, sur la façon dont le terrestre et le spatial, qui sont toujours opposés, sont en fait toujours en communication.
Une démarche « spéculative » qui, en passant par des formes artistiques, est « une vraie quête ». Il explique : « Pour nous la privation des étoiles est à la fois visuelle, dans les villes notamment, mais aussi dans notre culture occidentale contemporaine : le cosmos est considéré comme un dehors qu’on voit de manière négative. » L’objectif de ce groupe de recherche consiste ainsi à essayer de créer une nouvelle mythologie et « de réintégrer le cosmos en nous, dans notre quotidien, dans notre vie, dans notre peau, pour se rappeler cette interdépendance qui va avec notre cosmos d’origine ».
Ce travail de recherche et d’expression artistique Désidération (Année 2666), Smith l’a réalisé à Deauville en pleine période de confinement. « Je ne connaissais pas du tout et je me suis retrouvé dans une ville entièrement vide, se souvient-il. Cela m’a rappelé le monde des jeux vidéo dans lesquels le personnage principal se balade dans des villes connues où les autres personnages sont en fait juste des fantômes. J’ai eu l’impression, pendant ces quelques jours, d’avoir accès à une sorte d’aperçu d’un futur qui est inquiétant ou souhaitable, selon la perspective qu’on emprunte, dans lequel l’humanité aurait disparu. » Une sorte de « démo jouable » de ce que pourrait être le futur, dans un contexte où les rapports du GIEC alarmant alertent à ce sujet.
Ainsi, à travers ses promenades cosmiques, Smith présente un autre regard sur la relation que l’on entretient avec le cosmos, en utilisant une caméra thermique. « Cet instrument permet de photographier la chaleur dégagée par les objets, sans faire la différence entre toutes ces sources de chaleur que ça soit un humain, un animal, une plante, un minéral, un bâtiment. »
Dans son étrange galaxie, on découvre ainsi des formes « qui semblent être des hybridations », un Deauville qui nous paraît désastré, orphelin de l’énergie des étoiles. Et cette année 2666 pourrait ainsi être l’année très lointaine « où l’humanité pour survivre aurait accepté son horizontalité avec toutes les autres espèces, en créant des alliances avec d’autres espèces, à la fois pour les respecter en tant que tel et pour survivre ». Une exposition cosmique où l’on ne cherche pas à tout comprendre, mais où les formes, les lumières, l’émotion, nous rapprochent un peu plus des étoiles.
Actu.fr : Photographie à Deauville