“L’installation vidéo C19H2802 (agnès) – 2011 est une production du Fresnoy. Six écrans placés en hexagone au centre duquel trône une cuve, sinueuse et protéiforme, remplie d’un sombre liquide. Nous sommes plongés dans la pénombre et circulons autour de la cuve à l’intérieur de laquelle se reflètent les images projetées autour. Sur les écrans, des êtres en mutation. Un homme, barbu, est englué dans une boue translucide, il entame une chorégraphie de lutte contre la matière visqueuse qui lui colle la peau. Il semble s’extraire d’une poche de naissance. Une lutte contre lui-même, il aborde une première phase de sa renaissance. Nous comprenons que l’épais liquide contenu au centre de l’installation fait écho à celui qui englobe le corps de cet homme. Il s’agit du liquide hormonal de synthèse, une matière indispensable à la transformation sexuelle. Un homme aux cheveux courts, maquillé, assis, s’injecte dans la cuisse une dose d’hormones. Son corps aux formes légèrement arrondies indique que le processus de métamorphose est en cours. Le visage de l’homme barbu est recouvert d’un voile noir, son visage est progressivement dévoilé. Le visage d’une femme plus âgée apparaît. C19H2802 (agnès) est le récit visuel de la naissance d’Agnès, qui comme beaucoup d’autres s’est imposé un parcours douloureux, moralement et physiquement, pour se révéler au monde telle qu’elle se sent, telle qu’elle est.
Sans occulter la part clinique du processus, le film nous fait ressentir les affres de ce combat individuel, long et épuisant Pour une réappropriation de son propre corps. De manière métaphorique, il retrace chaque étape, du mal être initial jusqu’à la libération, de la chrysalide, en passant par la période trouble traduite par le visage noirci, hagard, jusqu’à l’envol final. Le film renvoie à la pensée de Judith Butler, qui envisage le genre comme une identité qui évolue, fluctue et se transforme au fil de l’expérience de vie de chacun. En ce sens il existe une performativité du genre qui « n’est pas un acte unique, mais une répétition et un rituel, qui produit ses effets à travers un processus de naturalisation qui prend corps, un processus qu’il faut comprendre, en partie, comme une temporalité qui se tient dans et par la culture. »