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Dans la bibliothèque de SMITH

03.2026 - Marie Richeux - France Culture - France

Le photographe Smith a accepté de nous dévoiler les lectures qui nourrissent son travail. On y trouve un essai de l’activiste transféministe Sayak Valencia, un texte de Marielle Macé, un autre de Pierre Teilhard de Chardin ou encore des poèmes de Lucien Raphmaj.
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Pour qui connaît le travail de l’artiste SMITH, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’une divinité-chien puisse s’occuper des frontières, entre le dedans et le dehors, entre l’avant et l’après, le visible et l’invisible, et si besoin, la vie et la mort. En tout cas, avec ces aboiements, quelque chose du décor est planté, et nous voilà, atterri dans le logement-atelier de celui qui manie depuis des années la photographie et la caméra thermique, de même que la transe, le rêve plus ou moins éveillé, le compost ou la transformation, comme une manière de travailler. Son dernier projet Dami est pensé comme une traversée, où les origines en tant que telles sont cherchées, puis dépassées, au profit de nos croyances et de nos intuitions. C’est aussi comme une traversée qu’il a imaginé de déballer sa bibliothèque, chacun des textes choisis pouvant s’entendre en écho de son parcours artistique, où matière et esprit se rencontrent et se mélangent.

Les choix de SMITH

Sayak Valencia, Capitalisme gore (Cambourakis).
Traduction de l’espagnol (Mexique) par Louise Ibáñez-Drillières
"J’ai découvert le travail de Sayak Valencia en 2019, lors d’une conférence à Los Angeles, dans laquelle elle parlait de cet ouvrage. Elle y parlait de nécropolitique et elle décrivait le capitalisme non seulement comme un régime économique, mais aussi comme une technologie de violence qui met cette violence en spectacle. C’est une philosophe, poétesse, performeuse transféministe décoloniale mexicaine et qui écrit depuis la ville de Tijuana, où s’entremêlent les violences liées à la drogue, les féminicides, le racisme, les questions d’économie de frontières avec les Etats-Unis. Malheureusement, cet essai est passé assez inaperçu, alors que sa pensée me semble capitale."

Lucien Raphmaj, Capitale Songe (l’Ogre)
"Lucien Rafmaj est un auteur parfaitement classable, il est à la fois philosophe, romancier, poète, auteur de science-fiction, il a quasiment écrit tous les scénarios de mes films avec moi, des textes pour mes personnages, et plus récemment plusieurs ouvrages dont "Capital Songe" et "Contre Nuit". Il m’a semblé intéressant de l’évoquer après Sayak, parce qu’il a une manière de déplacer le projecteur vers l’intériorité psychique, vers l’intime, et dans le capitalisme, il y a aussi une tentative de posséder nos ressources les plus intimes, dont l’imagination, mais aussi le sommeil."

Barbara Glowczewski , Réveiller les esprits de la terre (Dehors)
"Barbara Glowczewski est une anthropologue engagée, spécialiste des sociétés aborigènes d’Australie depuis les années 70. Elle part du constat que la catastrophe écologique et politique actuel n’est pas seulement un problème de technique, c’est aussi un problème de relation. Regarder comme elle le fait du côté de modes de vie, de traditions, de cosmologie autochtone, dans des cultures où la terre n’est ni un décor ni une ressource, mais un ensemble d’alliances entre les humains, les non-humains, les ancêtres, les récits, les lieux, cela peut, peut-être, nous donner des indices vers quoi nous diriger pour pouvoir vivre d’une manière plus harmonieuse."

Marielle Macé, Nos cabanes (Verdier)
"Ce qui me plait avec la cabane, c’est que ça peut être un peu tout, une cabane dans une Zad, un habitat léger dans un jardin qu’on essaue de préserver, mais cela peut aussi devenir des unités de fiction, des unités de puissance, de narration et de résistance."

Pierre Teilhard de Chardin, Hymne de l’univers (Seuil)
"Le travail de Theillard de chardin va dans le sens d’une vision du monde parfaitement accordée avec la vision du monde qui nous est proposée par la science, c’est-à-dire une entropie, une complexité de plus en plus grande. Aujourd’hui, on a l’impression que cette complexité nous amène vers le chaos le plus total, alors qu’en fait, si on en suit les mouvements, les frémissements, on s’aperçoit qu’elle nous invite plus à nous lier qu’à nous séparer, qu’elle nous guide vers une plus grande unité, et cette unité, j’essaie de la ressentir en état de transe, de méditation, de plonger dans des états de conscience non ordinaires dans lesquels cette continuité et cette unité de toute chose se fait sentir de manière très profonde. Son travail me touche parce qu’il fait écho à des émotions très précises et très vives, dont je ne peux pas imaginer qu’elles soient autre chose que la réalité."

Écoutez le podcast "Dans la bibliothèque de SMITH"