PRESS
Au Studio national des arts contemporains du Fresnoy, quand la technique peut nous émouvoir
10.2024 - Maurice Ulrich - L’Humanité - France
Comme chaque année, le Studio national des arts contemporains du Fresnoy présente les travaux de ses élèves venant du monde entier. Autant d'œuvres et de parcours à découvrir.
« Panorama 26 », du Studio national des arts contemporains du Fresnoy, à Tourcoing, présentant les travaux de ses étudiants, mais aussi d’artistes confirmés de diverses disciplines, comme cette année Kader Attia ou Macha Makeïeff, est une exposition singulière. En premier lieu par le nombre d’œuvres proposées, plus d’une cinquantaine, puis, par la diversité des étudiants, venus de toutes les régions du monde, déjà artistes à leur arrivée pour un cursus de deux ans et dont les parcours n’ont pas toujours été des chemins fleuris, en particulier quand ils viennent de zones de conflit ou de tension. Enfin, par la diversité là encore des techniques mises en œuvre, embrassant tous les champs de la création contemporaine.
C’est chaque fois d’une réflexion du monde et sur le monde qu’il s’agit, davantage sans doute que d’une quête esthétique. C’est ce qu’exprime clairement la thématique énoncée par la commissaire Marta Gil : « Toute ressemblance avec la réalité n’est pas une pure coïncidence >>, sachant, comme elle le dit encore, que nous sommes capables d’inventer des technologies qui « à leur tour nous réinventent ». Certains travaux le font d’une manière bien plus sensible que cet aspect technologique ne semble le présager. Pour autant, l’humour ou la fantaisie ne sont pas absents. Smith (né en 1985 à Paris), aveс le Vaisseau pomme de terre ou l’extase de M. Patate, a conçu son propre corps, avec ses membres ramifiés en tubercules, en lévitation, comme partant pour un voyage cosmique, mais à l’endroit exact où ses grands-parents s’étaient rencontrés dans ce qui n’était pas encore le Fresnoy. À cette brève évocation qui ne saurait rendre compte de la richesse des travaux mais voudrait inviter à les découvrir, il faut ajouter, au musée des Beaux-arts de Tourcoing Eugèneleroy, dirigé par Mélanie Lerat, l’excellente exposition d’œuvres du graphiste Léonard Martin, ancien élève du Fresnoy, et la mise en rapport par Bénédicte Duvernay de photographies de paysages de Grégor Bozic et de tableaux de la collection, dont un Courbet étonnant, une vaste prairie devant une impressionnante muraille rocheuse.