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Au Mac Val, l’artiste-chercheur SMITH invite à une expérience aux confins de la conscience
06.2026 - Victoria Le Boloch Sala - Beaux Arts - France
Médiums variés, images aux couleurs psychédéliques, effacement des repères géographiques, humains, animaux, végétaux et minéraux : voilà le mystère SMITH ! L’artiste-chercheur est à l’honneur d’une exposition « rétro-prospective » inédite au Mac Val de Vitry-sur-Seine, qui revient sur 20 ans de création.
Pour les uns « comète artistique » (Christine Ollier), pour les autres artiste-chercheur, SMITH trouble les genres, les mondes, les mémoires. De prime abord, difficile de savoir si ses images aux couleurs psychédéliques appartiennent à la terre ou au ciel et si elles convoquent des spectres du passé ou des figures du futur.
Né à Paris en 1985, l’artiste est diplômé d’un master de philosophie à la Sorbonne avant d’intégrer l’École de la photographie d’Arles puis Le Fresnoy. D’où cette pratique « indisciplinaire » qu’il revendique. Photographies, vidéos, installations, performances : ses médiums sont aussi variés que les techniques qu’il emploie (caméra thermique, implant de puce sous-cutanée…), ce qui ne fait qu’épaissir le mystère SMITH.
En permanente exploration
Brouillant encore les pistes, l’artiste déploie son travail dans des territoires vertigineux, souvent entre désert et forêt, où les repères géographiques s’effacent au profit d’espaces sans frontière. Peuplés d’humains, d’animaux, de végétaux et de minéraux, l’œuvre de SMITH est celle des seuils, de la mue et de la métamorphose.
Invité à exposer vingt ans de travail au Mac Val, il propose avec « Ici grand ouvert » une exposition qu’il qualifie de « rétro-prospective ». Fruit d’un dialogue continu amorcé depuis des années avec le commissaire Franck Lamy, SMITH aime à dire que l’exposition fonctionne moins comme une rétrospective classique que comme un « compost fertile » : elle prolonge, dans l’espace et dans le temps, ses interrogations obstinées autour de la fluidité et du mouvement. Loin d’une relecture figée, images, voix et formes produites depuis 2007 s’y réactivent, interagissent et se contaminent mutuellement.
Du journal photographique « Löyly » (2007–2012), qui accompagne en images les transitions et mutations des corps de son entourage, aux séries plus récentes comme « Dami » (2022-en cours), où la transe devient un outil pour déjouer les limites de la conscience, SMITH pose inlassablement la question de l’expérience et du passage.
Exposés sans hiérarchie ni chronologie, ses projets s’offrent alors comme autant de portails vers les états de conscience élargis et modifiés dont ils sont souvent issus. « Ici grand ouvert » traduit cette logique dans l’espace même de l’exposition : sans cimaises ni cartels envahissants, le visiteur est invité à se laisser guider par sa sensibilité pour s’ouvrir aux œuvres présentées et aux seuils qu’elles dressent – jusqu’à pouvoir s’allonger dans des lits mis à disposition, pour une expérience pleinement habitée.
L’atelier de l’artiste installé au Mac Val
Si les lieux sont déjà hantés par les silhouettes fantomatiques capturées en caméra thermique dans Ghost Dance, provenant de la série « Spectrographie » (2010–2014), l’âme de SMITH plane aussi, bien réelle, juste au-dessus des visiteurs. Durant les neuf mois de l’exposition, il a délocalisé son atelier à l’étage, où de nouvelles œuvres pourront naître et rejoindre l’exposition au fil du temps.
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Titulaire d’un doctorat en recherche-création à l’Université du Québec à Montréal, SMITH envisage ses œuvres comme autant de tentatives de points de contact où se rejoignent, au moins un instant, spiritualité, sensibilité et technique.La dimension collaborative étant essentielle dans sa démarche, tous les premiers dimanches du mois, l’espace d’exposition sera aussi le lieu de « Mues collectives » activées par une série d’interventions appelée « Désidération(s) » et menée par des scientifiques (le cosmologiste Jean-Philippe Uzan), des écrivains (Marie NDiaye) ou encore des performeurs (Matthieu Barbin alias Sara Forever) invités et habituels complices de l’artiste.
D’ailleurs, le titre lui-même vient d’un allié de pensée de SMITH : « Ici grand ouvert » est une formule empruntée au philosophe Jean-Luc Nancy. Inscrite en néons face à l’entrée, c’est aussi la première œuvre que le visiteur rencontre. Suspendue comme un portail, elle prévient autant qu’elle promet. Découvrir le travail de SMITH, c’est s’ouvrir à un territoire intérieur où le sens de l’existence se cherche dans la capacité de chacun à s’ouvrir pleinement au monde.